Le costume de l’amazone

Cette terminologie « costume » ou « habit » d’amazone date de la fin du 18ème siècle. En effet, avant la Révolution, les femmes montaient le plus souvent « en homme » c’est-à-dire à califourchon et donc en tenue masculine, ou bien lorsqu’elles montaient « en femme », leur tenue était soit inspirée du costume masculin, soit le même qu’une tenue de promenade à pied. La seule spécificité de leur tenue était quelquefois l’usage d’une paire de culottes portée sous la jupe et les jupons.

C’est à partir du moment où la selle d’amazone fut assez perfectionnée pour offrir sécurité et confort à la cavalière et que cette manière de monter fut donc préférée à manière masculine, que la tenue commença à se différencier, et elle aussi, à tenter de répondre aux critères de sécurité, de confort et de mode imposés par ce nouveau sport.

Remontons le temps : Moyen Age, Renaissance, Grand Siècle : les nobles dames chassent et se divertissent, les bourgeoises et les paysannes vont à la foire ou au marché, à cheval bien sûr, car c’est le seul moyen de transport. Comment sont-elles habillées ? comme d’habitude ! Il n’y a pas de tenue spécifique, mais une tenue adaptée aux intempéries, à la saison et c’est tout. Elles vont à califourchon pour plus de pratique et de sécurité. La sambue du Moyen Age n’est encore qu’une chaise de parade pour gentes dames, et sa version paysanne ne sert que pour porter au petit pas d’une mule son lait au marché.

Souvenez vous de ces tableaux anciens :

Le Moyen Age tout d’abord : Voici la fête du retour de la belle saison, trois amazones en robe de fées couleur vert-printemps, portant hennin et long voile de soie chevauchent à côté du roi, vêtues comme pour un bal. Pendant ce temps-là Jehanne d’Arc s’est coupé les cheveux et part à l’assaut en armure…

Très riches heures du Duc de Berry

(Très Riches Heures du Duc de Berry, « le May du Roy »).

Cependant on rapporte que l’intrépide Duchesse de Bourgogne Marie, c’est fait faire une paire de braies (genre de pantalon en lin ou laine fine) pour monter à cheval, et qu’elle les porte sous ses jupes… il faut dire qu’elle chevauche avec passion par tous les temps !


(Sceau ducal de Marie de Bourgogne, fille et héritière de Charles le Téméraire)

Continuons notre promenade dans le temps…

La Renaissance nous apporte ses beautés hiératiques, caparaçonnées de damas et de velours, couvertes de bijoux comme des chasses. On ne leur demande pas de caracoler mais seulement de prendre la pose, heureusement pour elles !


(Diego Vélasquez, Portrait équestre d’Elisabeth de Bourbon, Reine d’Espagne, Musée du Prado)

Mais voici que survient l’idole des amazones : la Reine Catherine de Médicis qui, par amour pour son roi le très magnifique Henri II, est créditée par l’Histoire d’être à l’origine du perfectionnement de la selle d’amazone. Il
n’existe pas de portrait en amazone de la Reine aux jolis mollets, mais le portrait d’une princesse allemande costumée en amazone de la même époque nous montre quel devait être à peu près les tenues de chasse de Catherine.


(Portrait de la princesse Léonilla de Sayn-Wittgenstein-Sayn et sa famille en costume Renaissance, Horace Vernet, château des princes de Sayn-Wittgenstein)

On remarque qu’à chaque époque, une femme amoureuse des chevaux et reconnue comme excellente cavalière, essaie de trouver une solution pour consolider l’amazone à cheval et allier décence et beauté à une sécurité maximale.

Mais même allégée, même avec des pantalons de dessous, la tenue de l’amazone à cheval est toujours identique à celle qu’elle porterait à pied…


(Sébastien Bourdon, la Reine Christine de Suède à cheval, 1653, Musée du Prado)

Tiens, voilà qu’on a inventé encore une bizarrerie : pour ne pas confondre de loin dans le train d’équipage les princesses du sang et les autres duchesses et comtesses, on a inventé une selle à fourches jambes à droite pour les femmes de la famille royale.


(Jean de Saint Igny, Portrait équestre d’Anne d’Autriche, Château de Versailles)

C’est surtout pendant le long règne Louis XIV, très « à cheval » sur le protocole que cette pratique va s’installer durablement.

Nous entrons dans le Grand Siècle, avec ses fêtes baroques, ces chasses magnifiques, la lourde étiquette de Versailles, et enfin la Révolution.

Mais avant cela, place aux grands carrousels du Roy à Versailles. Les dames sont obligées d’y figurer, costumées selon le thème choisi par le Roy… les costumes sont inconfortables, dangereux même, mais il faut se plier au bon vouloir du Roi.


(Jean Berain, Dame de la Brigade des Alabeses , Carrousel du Roy à Versailles)

Le Grand Roi Soleil chasse avec toute sa cour… Ces dames sont en tenue d’équipage ou d’invité suivant un ordonnancement très codifié… À part la jupe, elles portent l’habit de l’homme à peine féminisé par une chemise de dentelle, mais les hommes en portent aussi… ! Tricorne de rigueur, comme à l’armée !


(Pierre Gobert, La Duchesse de Bourgogne en costume de chasse)

Ce n’est pas rose tous jours : dans une lettre, la Princesse Palatine, femme sportive et rustique, explique qu’elle cache des petits pains et des brioches dans les poches de son habit, car le Roi ne tolère pas qu’on s’arrête en route (elle les mange en cachette). De même, qu’elles soient en amazone à droite ou à gauche, dès que le Roi est hors de vue, hop ! princesses et duchesses passent une jambe par-dessus l’encolure et galopent confortablement « en homme ».

Marie -Antoinette s’est même fait confectionner un uniforme de hussard hongrois avec veste à brandebourg et peau de panthère !


(Brun de Versoix, Marie-Antoinette à cheval, Musée national du Trianon)

Après la Révolution, une période de transition, le Directoire, puis l’Empire, les robes sont vaporeuses et pas du tout « sportives »… On est toujours en train de chercher et c’est d’Angleterre que viendra la réponse. Les Ladies anglaises continuent à chasser tranquillement le renard pendant qu’en France on se remet de la Terreur et des guerres napoléoniennes en portant des robes qui ressemblent à des chemises de nuit.


(Costume de cheval, Le Journal des Dames, 1799, Paris)

Un peu plus sportive la redingote de drap de laine « à l’Anglaise » Le journal des Dames , « costume de cheval » 1819

(Le journal des Dames, « costume de cheval » 1845)

Nous voici dans l’époque moderne… ouf, il était temps !

La position des jambes de l’amazone sur cette photo montre bien que dessous, la selle a évolué : elle est maintenant suffisamment solide avec ses 2 fourches pour que la cavalière se sente en sécurité à toutes les allures, et pratique enfin une véritable équitation. Le costume de l’amazone va s’adapter à ces nouvelles données, il devient spécifique à la pratique de l’équitation. Tout au long du XIX ème siècle jusqu’à la première guerre mondiale, il évoluera dans le sens de la commodité et de la sécurité, tout en respectant les canons de la mode.