Le costume de l’Arlésienne, par Martine Clément.

Généralités sur le costume
Prise de Ruban : « Festo Virginenco »

« La tradition, c’est d’abord le costume ; il est la première chose à défendre, un culte rendu aux ancêtres, porter l’habit de la tradition, ce n’est surtout pas se déguiser. » peut-on lire sous la plume de Madame Guesquin, docteur en ethnologie, tout est
dit ! Existe-t-il de part le monde costume aussi connu, beauté aussi reconnue ?

Van Gogh ne s’y était pas trompé quand il écrivait à son frère :
« Les femmes sont bien belles ici et ce n’est pas une blague ! »
pas plus que Flaubert qui parlait d’un voyage en Provence :
« Les femmes d’Arles, quel souvenir ! »

Dans un précédent bulletin de « A vos fourches », un article ayant été consacré aux Arlésiennes montant « dans les fourches», il m’a paru utile d’apporter des précisions sur ce costume si fascinant et ô combien difficile à construire.
Michel Biehn, spécialiste en étoffes anciennes, le décrit très bien : « Chaque costume s’organise comme une superposition
de pétales. » et la suite de l’article va le prouver. Le costume tel que nous pouvons l’admirer aujourd’hui est à peu près le même depuis l’époque de Frédéric Mistral et de Léo Lelée, « le peintre des Arlésiennes », soit début XXème siècle. Il a évolué au cours des temps, ne manquant cependant jamais de s’inspirer de la mode de Paris. Des ateliers de recherches historiques sur le costume présentent, lors des défilés, des costumes d’époques plus anciennes. Le costume d’Arles répond à des règles très strictes. « Quête personnelle de la perfection et de l’excellence dans les règles. » cette réflexion de Madame M. F. Guesquin est parfaitement juste.

Il existe différents types de costumes selon l’utilisation qu’on leur réserve : du plus simple en coton au plus sophistiqué en étoffe précieuse.
Comme il était jadis, revêtu au quotidien, les règles commencent dès le berceau et se poursuivent jusqu’à la tenue portée par la grand-mère. Cette année, lors de la Fête du Costume en Arles, pas moins de trois landaus anciens abritant des bébés déjà costumés, prirent part au défilé.
Les petites filles portent le bonnet blanc ou béguin, avec une jupe de coton fleuri, une chemise blanche sous un caraco noir sans manches et un joli tablier dans les tons de leur jupe. Elles n’oublient surtout pas leur croix retenue par un ruban de velours noir autour du cou. Puis vient ensuite le moment de revêtir jusqu’à leur 15ème année environ, le costume dit « en cravate » du nom du tissu blanc noué autour du peigne en lieu et place du ruban de velours. Cette tenue simple et champêtre peut être endossée tout au long de la vie. Elle est réalisée tout en coton et laisse apparaître les prémices d’un élément très féminin :
le plastron blanc posé sur la poitrine. La casaque, dite « éso » petite veste cintrée de coton noir à manches longues reçoit le fichu de coton blanc assez simple. Le tablier est toujours coordonné à la jupe. Puis, vient le jour tant attendu… le jour de la Festo Virginenco. C’est au cours de cette fête créée par F. Mistral en 1903 que les jeunes filles vont officiellement « Prendre le Ruban ».
Cette fête fut instaurée pour maintenir le costume dans nos traditions.
En mai 1903, elles étaient 28 à recevoir le diplôme dessiné par Léo Lelée ainsi qu’une broche en argent figurant un buste d’Arlésienne remplacé plus tard par une cigale. En 1904, ce n’était plus 28, mais 370 jeunes filles qui se présentèrent au Théâtre Antique d’Arles. Aujourd’hui, cette fête a lieu fin juillet aux Saintes-Maries-de-la-mer et ces jeunes filles, toujours très nombreuses sont accompagnées par leur marraine costumée elle aussi. Dès lors, la jeune fille pourra revêtir différents costumes selon la cérémonie à laquelle elle se rendra.
Il va sans dire qu’une Arlésienne se doit de posséder plusieurs costumes dans sa garde-robe.

Les différents rubans de velours et les tenues qui les accompagnent.

Pour une compréhension plus aisée, je vais classer les différents costumes à partir d’un élément fondamental : LE RUBAN.
Félix Grégoire en parle en ces termes : « Ce ruban noble comme un diadème, léger comme un papillon ». L’Arlésienne, dans bien des cas, choisit
d’abord son ruban et construit son costume autour à moins qu’elle ait eu la chance d’hériter d’un ruban ancien. Ces rubans de velours, très
onéreux, ont longtemps été fabriqués dans la région de Lyon, mais aussi en Rhénanie. Il reste aujourd’hui très peu de passementiers capables de
tisser de telles merveilles. On ne sort pas plus de 8 rubans par jour et 3 mois de préparation du métier à tisser sont nécessaires. Le tisserand
s’inspire souvent de rubans anciens et ne réalise pas plus de 7 rubans par motif et par couleur (coquetterie féminine oblige). De la soie naturelle
chinoise de très grande qualité ainsi que de l’organsin sont nécessaires à sa confection. La longueur d’un ruban varie de 0,90 m à 1,50 (La longueur est une question d’époque, exemple : à l’époque de Van Gogh, environ 1880, le ruban descendait bas dans le dos. Rien à voir avec les finances ou la longueur des cheveux… Question d’époque ! ). Parlons dès à présent des différents types de ruban et des tenues qui leur sont
assorties.

  • LE RUBAN BLEU MARINE : En velours gaufré, d’époque Napoléon III, il est porté très couramment soit avec de jolies cotonnades ou bien lorsqu’il est dit « habillé », il peut accompagner une tenue plus chic. Le fichu blanc ou écru est en tulle brodé. La casaque (à rapprocher de « corsage » à manches longues ou petite veste) est toujours noire et le plastron (à rapprocher de « jabot » -quoique pas tout à fait) est très travaillé.
    Si la casaque et la jupe sont réalisées dans le même tissu, on parle de robe montante. Les bijoux se font plus apparents et plus précieux.
  • LE RUBAN DE FETE : D’époque Louis-Philippe, il est en velours lisse aux couleurs chatoyantes et donne le ton pour la couleur du costume qu’il va agrémenter. La casaque peut être réalisée dans le même tissu que celui de la jupe, le plastron est riche en broderies et en dentelles. Émile Zola qui n’était pas insensible au charme des dentelles en parle ainsi : «Cette caresse miraculeuse de finesse aux reflets de neige… »
    Pour obtenir une tenue plus élégante encore, il existe la pèlerine : elle peut être réalisée en dentelle noire dite Chantilly ou en dentelle claire dite Malines.
    Ces pèlerines réclament jusqu’à quinze mètres de ces belles dentelles. Le ruban qui accompagne cette élégante tenue est en principe le Napoléon III, non plus à fond bleu noir avec motifs noirs en relief, mais sur fond de couleurs vives bordé d’une dentelle noire. La beauté des bijoux parachève la tenue.
  • LA COIFFE DITE « EN GANSEE » : Elle est destinée aux grandes cérémonies, du nom des deux petites ailes de dentelle blanche ou écrue formées autour du peigne et qui remplacent le ruban. Cette magnifique tenue ne se porte qu’avec une pèlerine aux tons clairs à 7 rangs de dentelle superposés. Elle est plutôt réservée aux jeunes femmes.
    Elle est réalisée en étoffe précieuse avec une traîne plus ou moins longue selon les goûts de chacune. Pour les traînes importantes, certaines Arlésiennes ont recours, comme les amazones, au page, jolie pince-bijou qui remonte la jupe sur le côté. Réellement utile pour l’amazone dont la jupe est dissymétrique et inélégante à pied, il l’est moins pour l’Arlésienne. En ce qui concerne les bijoux pour cette tenue dite « en gansée », rien n’est trop beau : rivière de diamants, croix avec diamants ou perles fines, sautoir et sa montre, broche, bracelets ou bagues.
  • LE RUBAN EN VELOURS DIT « VIRGINENCO » : Le fond de ce ruban est en satin écru ou blanc (d’où son nom) avec des motifs de couleur en relief et il est bordé d’une dentelle claire. La richesse du costume qu’il accompagne est à l’égal de celui dit « en gansée ».

Après avoir essayé de décrire les différentes tenues par ordre croissant d’élégance, il faut parler d’autres éléments communs à tous les costumes :

  • le voile en tulle brodé ou en dentelle que l’Arlésienne porte lors des offices religieux et qu’elle ramène sur le devant de son ruban
    lors de la Communion.
  • le manteau noir avec son grand capuchon bordé de dentelle noire et qui descend à mi-mollet.
  • le grand châle de laine aux coloris variés.
  • le tour de cou, noir, blanc ou écru.
  • le petit sac ou réticule : bourse en coton pour le costume le plus simple, mais brodé ou en argent pour le réticule ancien qui accompagne
    les tenues les plus chics.
  • l’ombrelle : elle participe à l’élégance du costume et elle est très appréciée, en été, lors des défilés, tout comme l’éventail.
  • les gants sont en filet de coton noir ou blanc en été et en cuir pour l’hiver.

Une tenue de deuil existe. Elle se porte avec un ruban noir, un plastron aux broderies noires sans aucune dentelle.
Des bijoux de deuil accompagnent cette tenue.